Roussataïo: the great tradition of releasing mares and foals
🚀 Key Takeaways
- Core concept : Roussataïo is the seasonal release of broodmares and their foals into the marshes to graze and bond.
- Practical tip : Best seen in spring (April–June), contact a manade in Saintes-Maries-de-la-Mer or along the Vaccarès lagoon and bring waterproof boots.
- Did you know : The practice blends livestock management, biodiversity and cultural identity of the Camargue.
Wind, wet earth, the soft stamping of hooves.
Imagine a low sun turning the saline flats to silver, reed beds whispering, and a group of grey Camargue mares slipping through a cattle grid into open marsh. Foals, still gangly, bolt and then tumble, discovering salt grass and fresh water. Gardians on horseback flank the herd, voices low, guiding rather than forcing. It feels like watching a creation myth played out at ankle height.
Le geste vivant
Roussataïo is first of all a practical gesture. In manades (herds managed semi-wild), mares raise foals outdoors. Each spring, typically between April and June, manadiers open pens or marsh paddocks to let the broodmares and their young access the natural pasture of the Camargue.
The reasons are concrete: fresh, mineral-rich salt pastures aid milk production; socializing foals in open terrain builds herd hierarchies; exposure to marsh ecosystems strengthens hooves and immune systems. It is herd health by design.
Anecdotes abound. Long-time gardian Marcel (a name often heard in stories) remembers a spring in the 1970s when a mare named Blanche led her foal across flooded flats to a reed island, instinctively avoiding a patch of quicksand—an instinct honed through generations.
Racines et saisons
Cette coutume plonge ses racines dans la vie pastorale. Depuis au moins le XIXe siècle, la Camargue vit grâce au cheval, au taureau et au sel. Les manades se sont organisées pour tirer parti des saisons: hiver en parc clos, printemps en liberté.
Le mot roussataïo vient du provençal (li roussataio), lié à la notion de « roux » ou de brun, mais surtout au mouvement collectif du troupeau au retour de la végétation. C'est un mot qui porte paysage et langue.
Les lieux emblématiques sont Saintes-Maries-de-la-Mer, les plaines autour d'Arles, et les rives du lagune de Vaccarès. Le Parc naturel régional de Camargue, créé en 1970, a contribué à protéger ces pratiques en valorisant le pastoralisme traditionnel.
Rythmes contradictoires
Pourtant, la tradition rencontre des tensions. L'urbanisation, le tourisme de masse et la pression foncière réduisent les parcours. Des manades doivent négocier contrats et autorisations pour ouvrir certains pâturages.
Il existe aussi des enjeux sanitaires: la gestion des parasites et des maladies impose parfois des confinements temporaires. En 2011 et 2016, des épidémies animales ont poussé certains éleveurs à restreindre les lâchers pour protéger les poulains.
Malgré cela, des manadiers innovent: pâturage tournant, collaboration avec le parc naturel, visites pédagogiques contrôlées. L'équilibre se cherche entre respect des traditions et obligations contemporaines.
Regards croisés
Le spectacle attire artistes et journalistes depuis deux siècles. Peintres et photographes ont immortalisé le mouvement des crinières et la lumière plate du delta. Les gardians eux-mêmes racontent que la Roussataïo structure l'année de la manade, comme le rodeo structure la saison des cowboys dans l'Ouest américain.
Les parallèles sont instructifs: ici, on ne capture pas pour la compétition, mais pour la vie du troupeau. Les gardians guident avec la douceur, la technique du cheval prend le pas sur la performance individuelle.
Pour le visiteur, c'est une leçon de respect: observer de loin, ne pas séparer mère et poulain, éviter le bruit et la voiture. Des manades proposent des rendez-vous encadrés, parfois au lever du jour, pour vivre l'instant sans le perturber.
Conseils pratiques
Si vous voulez assister à une Roussataïo, préparez-vous. Choisissez le printemps, contactez une manade ou l'office de tourisme local, arrivez tôt, équipez-vous de bottes et d'un vêtement imperméable. Gardez une distance raisonnable (les gardians vous aideront à juger) et n'utilisez pas le flash pour photographier.
Respectez la signalisation sur les sentiers, laissez chiens en laisse, et évitez toute tentative de toucher les animaux. La plus belle manière de participer est d'observer le réseau vivant qui relie homme, cheval, taureau et marais.
La Roussataïo n'est pas qu'un spectacle: c'est un savoir-faire, un calendrier et une mémoire. Quand la première jument franchit la passe, on sent la Camargue respirer. Et pour un instant, le monde moderne recule devant l'élan ancien des chevaux.

